Laetitia Déchambenoit – Photographie écologique et récits du vivant



Lire le sol, ouvrir l’horizon

Post-extraction, écologie populaire, mémoire ouvrière, paysages minés



Et si ce qui avait disparu sous terre continuait à parler à la surface ? Et si les ruines industrielles étaient des graines pour d’autres récits ?



À Montceau-les-Mines, les chevalements sont tombés, les galeries ont été englouties, les paysages ont changé de visage.
Pourtant, la mine demeure partout : dans le dessin des quartiers, les noms des rues, les sols remaniés, les souvenirs familiaux. Dans ce qui a été conservé, recouvert, déplacé ou oublié.

Lire le sol, ouvrir l'horizon est une enquête artistique qui prend les paysages ordinaires comme terrains de recherche.
Un ancien puits, un parking, une rue, un parc... Des lieux traversés chaque jour, dont les histoires ne se laissent pas toujours lire à la surface.

Il s'agit d'arpenter, de regarder, de prélever, de chercher dans les archives, de recueillir des récits.
Mais aussi de laisser les matières intervenir dans la fabrication des images.

Les terres prélevées produisent des chromatographies : des formes circulaires, des halos, des ramifications.
Les végétaux recueillis sur les sites entrent dans la préparation des révélateurs photographiques.
Des images d'archives sont reproduites par anthotypie, exposées à la lumière et à leur propre disparition.

Ces procédés engagent une photographie située, où le territoire n'est pas seulement représenté : il participe matériellement à la fabrication de ses images.

La recherche avance entre ce qui se voit et ce qui se dérobe.
Entre la surface et le sous-sol, les archives et le présent, les mémoires ouvrières et migratoires, les formes de vie qui s'installent dans les paysages transformés.

Sans chercher à réconcilier artificiellement ces histoires.
Sans faire des ruines la promesse d'une renaissance.






PROLOGUE #0 — POINT ZÉRO
12 rue des Oiseaux — Montceau-les-Mines, octobre 2026

GPS : 46.67197° N, 4.36023° E

C'est ici que commence l'enquête. Dans ce qui fut, dit-on, la première rue de Montceau. Depuis des années, ce lieu est mon centre de gravité. 
Avec Benjamin Burtin, nous y avons construit ODiL, recueilli des récits, rencontré des habitants, noué des amitiés. Puis le lieu s'est ouvert davantage, est devenu La Volière. On y croise aujourd'hui des artistes, des militants,
des voisins, des personnes nouvellement arrivées, des histoires et des langues différentes.

Un endroit où l'on expérimente l'éducation populaire, l'autogestion, la possibilité de faire ensemble.

Ici, habiter les ruines n'est pas seulement une question. C'est quelque chose que l'on essaie, chaque jour.






PROLOGUE #1 — CE QU’ON EFFACE DU PAYSAGE
Puits Darcy — Montceau-les-Mines, octobre 2026

GPS du site historique : 46.65763° N, 4.33599° E

Le 30 avril 1992, le puits Darcy ferme. En 1993, les chevalements sont abattus. Quarante-cinq mètres de hauteur disparaissent du paysage.

Il y a des années, on m'a raconté comment les chevalements avaient été détruits dans la nuit, presque en catimini. Ce récit m'a été confirmé plus tard, lorsque je collectais des mémoires pour La Mère en Gueule, puis au moment de la disparition de Lucy. Je me souviens de l'effarement que suscitait encore cette histoire.

Je crois qu'elle a été l'une de mes premières entrées dans la question du paysage. Comment peut-on effacer si brutalement des repères qui appartiennent à la mémoire de milliers de personnes ? Et qui décide de ce qui mérite de rester ?

Aujourd'hui, il faut chercher les traces. Quelques vestiges, un portail rouillé, des églantines. Sous nos pieds, des centaines de mètres de galeries.

Ce qui a disparu du paysage n'a pas nécessairement disparu de nos mémoires.






PROLOGUE #3 — CE QUI POUSSE MALGRÉ TOUT
Parc Maugrand, près du puits Sainte-Eugénie — Montceau-les-Mines, octobre 2026

GPS du secteur Sainte-Eugénie : 46.68375° N, 4.35617° E

Aujourd'hui, on vient ici pour marcher, jouer, respirer. Les anciens terrains miniers sont devenus l'un des poumons verts de Montceau. Mais lorsque je m'y promène, je ne peux m'empêcher de penser à ce qui se
trouve sous mes pieds. Aux galeries, au charbon, aux corps qui ont travaillé là.

Ma grand-mère Wendy me racontait que les coquelicots poussaient là où le sang des soldats avait coulé. Je repense à cette histoire devant les chardons qui surgissent de cette ancienne terre minière.

En prélevant de la terre, j'ai trouvé des morceaux de charbon. Je les ai recueillis pour en faire des pigments. Une petite part de ce sous-sol remonte ainsi à la surface, entre dans la fabrication des images.

Comment un lieu de labeur et de douleur devient-il un paysage de promenade ? Et que nous raconte ce qui continue d'y pousser ?







PROLOGUE #4 — SOUS LE BITUME, LE TABOULOT
Ancien parking de Géant Casino — Montceau-les-Mines, octobre 2026

GPS du site : 46.67706° N, 4.36923° E

Il fut un temps où Mammouth faisait la fierté de Montceau. 35 000 articles, 3 500 m. de surface de vente, un parking pour 800 voitures. La promesse d’un avenir moderne, abondant, moins cher.

En janvier 2019, les Gilets jaunes venaient y dénoncer les écarts entre les prix affichés et ceux payés en caisse. En septembre 2024, Géant Casino fermait ses portes. Aujourd’hui, le parking est presque vide.
J’y ai photographié un amas de déchets, une poubelle brûlée. Je ne sais pas ce qui s’est passé  là.

À quelques pas, de nouvelles surfaces commerciales continuent de sortir de terre. Combien de fois faudra-t-il recommencer ?

Mais ce qui m’a le plus saisie, c’est la découverte du Taboulot. Au fil de mes recherches, grâce aux récits de Jean-Pierre Valabrègue et de Patrick Pluchot, j’ai appris qu’un ruisseau coulait encore sous ces
tonnes de goudron. Là où les voitures se garaient, il y avait autrefois de l’eau, des berges, des lavandières.

On a recouvert une rivière pour construire un parking. Le parking est devenu une friche. Et dessous, la rivière coule toujours.




PROLOGUE — Poser les premières traces

Exposition · La Volière, Montceau-les-Mines · 16 octobre – décembre 2026

Quatre lieux ouvrent l'enquête : 
le 12 rue des Oiseaux, l'ancien puits Darcy, le parc Maugrand et le parking de l'ancien Géant Casino.

Quatre paysages, quatre histoires, quatre prélèvements.

Les premières œuvres prennent la forme de diptyques associant photographies argentiques développées aux végétaux et chromatographies des sols correspondants.

À ces images s'ajoutent des archives vivantes, réalisées par anthotypie, des matières prélevées, des expérimentations photographiques et une cartographie des premiers sites explorés.

PROLOGUE n'est pas une conclusion. C'est une première tentative pour rendre visibles les gestes, les questions et les matières de l'enquête. Une invitation à la poursuivre.




Lire. Éprouver. Relier.


À partir de 2027, l'enquête doit s'ouvrir aux lieux auxquels les habitant·es sont attaché·es.

Un manuel d'enquête sensible propose cinq gestes : choisir, observer, prélever, raconter, transmettre.

Des ateliers de chromatographie, des recherches photographiques et des rencontres populaires permettront de croiser les expériences vécues, les connaissances historiques, les archives et les imaginaires.

Qui décide de nos paysages ? À qui appartient la mémoire ? Qu'est-ce qui pousse malgré tout ? Comment faire monde dans les ruines ?

Il ne s'agit pas de construire une histoire unique du territoire, mais de faire place à ses récits multiples, parfois contradictoires, et aux questions qu'ils soulèvent.

Le projet se déploiera jusqu'en 2028, avec l'horizon d'une création collective et transdisciplinaire associant images, récits, sons et mouvement. 

Sa forme reste ouverte : elle dépendra des rencontres, des expérimentations et de ce qui émergera de l'enquête.






Recherche-création 2026-2028
Laëtitia Déchambenoit — Direction artistique et recherche photographique.
Projet développé à Montceau-les-Mines avec ODiL et La Volière.